Quand la culture a un prix

Je lisais dans le Monde en date du 27/10 une chronique qui relatait les rapports sur l’état de la culture en France réalisés par un sociologue membre du Ministère de la Culture. En gros, les politiques de celui – ci en vue d’étendre le public touché (les classes populaires, les jeunes, …) ne servaient à rien et ce qui est pire creusaient le fossé entre les gens cultivés (qui sont très assidus aux spectacles, aux expositions) et les autres moins armés en terme de culture. Il est clair qu’en général l’offre proposée est assez ardue et nécessite souvent de posséder les codes qui permettent de comprendre les œuvres composées par les artistes (un film, un tableau, une pièce de théâtre, …). Les gens qui sont en « insécurité » culturelle n’iront pas les voir souvent par honte de ne pas comprendre ou en se disant que cela n’est pas pour eux.

Un aspect peu évoqué par l’article est le coût de la culture et des savoirs. Lire plus de 5 livres par mois, aller plusieurs fois au théâtre ou encore se rendre à des expositions peut revenir très cher (je ne parle même pas d’une place au cinéma qui avoisine maintenant les 12 euros) . Et quand le budget d’une famille est très largement consacré aux dépenses courantes (électricité, gaz, automobile, logement, habillement, …), il reste peu de place pour les loisirs. Ce qui va induire des choix : qu’est ce que je peux faire pour me divertir sans débourser une somme importante ? Eh bien cela pourra être les blockbusters cinématographiques, de l’art contemporain ou des livres à grand tirage. C’est la culture dite populaire. Dans mon esprit, cela n’a rien de dégradant car l’important est de s’amuser que ce soit en lisant « 50 nuances de Grey », en voyant « The Avengers » ou qu’en lisant Saint Simon (ce que je fais à l’heure actuelle) ou assistant à une pièce de théâtre absconse.

Le problème du choix devient critique quand on n’arme pas les gens par l’éducation à décider en toute conscience de qu’ils veulent voir ou ne pas voir. Il y a un biais dès le départ sur la construction de l’individu : s’il est issu d’une famille ou d’un environnement favorable à l’acquisition de savoirs, il aura plus de chances de choisir des œuvres de l’esprit complexes et surtout et j’insiste là dessus prendre du plaisir à les voir ou les lire. Cela peut paraître un poncif de dire cela mais en 2018 on en est toujours là. Ajoutez à cela le fait que la majeure partie de la consommation culturelle est le fait des « babys boomers » soit les personnes âgées de plus de 60 ans et vous aurez un tableau bien sombre pour les années à venir s’il n’y a pas un relais au sein des générations plus jeunes.

De toute façon un prix plus raisonnable doit être envisagé sauf qu’à une époque de désengagement de l’Etat ou des collectivités territoriales, cela risque d’être un vœu pieux. Est ce que le pass culture pour les jeunes sera un point d’amélioration ? Je ne sais pas. Il y a déjà des tarifs plus attractifs pour les moins de 18 ans ou les étudiants. Il faudra penser aussi à ce que j’appelle le « ventre mou » les gens de 25 à 50 ans environ, qui payent le prix fort. Une culture accessible est une richesse pour une nation et la France de par sa politique culturelle (aussi critiquable soit-elle) donne un large choix qui serait dommageable de ne pas partager avec toutes et tous.

Cet article a 2 commentaires

  1. Patrick TRIN

    Excellent article sur un sujet polémique. il faudrait sans doute aborder la notion de culture sur le plan mondial, que représente ce mot dans différentes parties du monde…

  2. Bize

    Quel est le temps dont on dispose pour les choses dites culturelles ? Ça clive ça aussi..et la culture amusée-engagée des réseaux sociaux c est une culture aissi mais peut être pas tant structurante..question complementaire

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