Mes premiers pas dans le karaté

Cet article est l’occasion de revenir sur ma première année de pratique du karaté. C’est un contexte particulier car je suis handicapé. aussi je me suis tourné vers le para karaté dans un club qui permet cette pratique. La première entrée dans le karaté est le choix du kimono : c’est là où j’ai appris que cette tenue n’est pas la même entre les différentes disciplines. Le judo, par exemple, aura un kimono épais, lourd, adapté au corps à corps. Au contraire celui utilisé dans le karaté est souple, léger, fait pour un art martial qui nécessite des gestes amples, précis. La ceinture est bien sûr blanche, celle du débutant. La deuxième entrée est le première séance. Nous nous alignons par grade et la cérémonie peut commencer. Celle-ci est importante car cela permet d’effectuer les salutations d’usage et de commencer à se concentrer. Cette séance fut pour moi à la fois une découverte d’un univers très codifié et d’une pratique physique intense, à la fin j’étais épuisé mais content car je savais que les objectifs que je m’étais assignés seraient remplis (maîtrise de mon équilibre, musculation, …)
On peut voir l’apprentissage du karaté comme s’effectuant à trois niveaux :
  • le vocabulaire : il est difficile d’appréhender la langue japonaise surtout lorsque vous êtes submergés par les termes employés. Et puis le brouillard se dissipe, les mots s’associent à des mouvements de défense et d’attaque, se perçoivent à travers l’esprit qui est propre à chaque technique.
  • les techniques : au début vous vous contentez de reproduire bêtement ce que le professeur vous enseigne et là encore vous comprenez peu à peu la signification des gestes.
  • les enchaînements des katas : ceux ci permettent au karatéka d’améliorer sa coordination et sa mémoire.

Lors d’un stage dans un club de karaté dans la banlieue toulousaine, j’ai été amené à voir (admirer) l’execution de 5 katas à la suite par des ceintures noires. Ce qu’il y a d’impressionnant, c’est qu’ils n’essaient pas d’être synchrones, ils sont synchrones. Telle une danse leurs mouvements sont fluides et parfaitement coordonnés. Enchaîner les 5 katas apparaît insurmontable et pourtant la répétition des gestes au quotidien permet de mémoriser toutes les combinaisons, agencer celles-ci pour au final réaliser les enchaînements demandés. C’est une véritable poésie corporelle.

Tout au long de l’année, à travers ces exercices, à la fois physiques et mentaux, je me suis rapproché de l’ataraxie, éliminant par là même toute source d’angoisse. La pratique du karaté est immanente à l’individu car c’est en soi que l’on trouve les ressources nécessaires à l’expression du Ki. Le corps ancré dans la terre, la respiration abdominale, le relâchement musculaire sont les conditions essentielles pour effectuer le mouvement parfait. En tendant le plus possible vers le geste le plus pur, la personne handicapée trouve la certitude de son intégrité à la fois physique et mentale. C’est parce que je prends conscience de mon corps habituel que je peux executer le Gedan Barai, un des mouvements que j’ai appris lors de cette première année.

Ce fut une année couronné par le passage de grade et l’obtention de la ceinture jaune. J’étais très heureux parce que c’est la récompense d’une année d’efforts. Bien sûr ce n’est qu’une étape dans la progression vers une maîtrise plus affirmée du karaté. Il faut être patient et humble. C’est sur ce dernier terme sur je voudrais conclure : l’humilité est une notion très importante. Même un homme ou une femme ceinture noire a toujours quelque chose à apprendre ou à perfectionner. Cette école de la modestie est ce qui rend l’être humain véritablement conscient de lui-même et des autres.

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